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pyrenepeche
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« le: 16-04-2008 - 02:59:19 » |
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Dans ma jeunesse, j'ai travaillé plusieurs saisons à Gavarnie comme muletier. Pendant les deux mois de vacances scolaires j' accompagnais les touristes qui louaient des montures pour se rendre jusqu'au cirque. J'en ai, bien entendu, gardé quelques bons souvenirs. L'un d' eux concerne un groupe de six Anglaises que nous devions mener au cirque avec un camarade, au début d'un après-midi du mois d'août. Visiblement, les six filles, qui ne parlaient pas trois mots de Français, étaient sorties légèrement guillerettes d'un restaurant et nous avions dû les aider à monter sur les chevaux. Ceci fait, nous voilà partis, elles à cheval et nous deux à pied, jusqu'à l'hôtel du cirque. Mes Anglaises, joyeuses et visiblement pompettes n' arrêtent pas de rire et de glousser à qui mieux mieux. D'ailleurs, ni mon camarade ni moi ne comprenons un traître mot de ce qu'elles racontent. La caravane est menée par un cheval calme. On met toujours une bête calme pour mener le train. C'est préférable et plus sûr. En fin de queue, montée par une rousse, nous avons placé une jument qu'il faut toujours avoir à l' oeil car elle a la mauvaise manie de vouloir dépasser ses congénères, prendre la tête, puis se mettre à galoper, entraînant derrière elle toute la troupe ce qui, quand vous avez affaire à des personnes n' étant jamais monté à cheval, peut être parfois dangereux, quoique parfois cocasse. Cette première partie de la ballade se passe normalement. Nous arrivons à l'hôtel du cirque, nous faisons descendre les six filles, je leur explique avec le peu d' Anglais que j'ai dans mon bagage scolaire que nous repartons dans un quart d' heure et qu'il n'est pas possible, dans ce laps de temps, de monter jusqu'à la cascade et de revenir. Trois d'entre elles décident de pousser une petite pointe sur le chemin de la cascade, les trois autres s' installent à la terrasse du café et «A tu, a you, a tu, a you», chacune payant sa tournée de bières, le quart d' heure s' allonge, devient vingt puis vingt-cinq minutes et finit par dépasser la demi-heure. Au bout du énième rappel à l'ordre nous finissons par rassembler la troupe, appréhendant un peu la descente du Caoucilet, d'autant plus que les trois qui ont joué les piliers de bar sont passées du stade légèrement pompettes au stade un peu éméchées. Un oeil sur les bêtes, un autre sur les filles, nous entamons la descente. Celle que je surveille plus particulièrement est la fille qui ferme la marche, perchée sur ma fameuse jument, et qui n'a pas l' air de bien tenir en selle. Enfin, nous arrivons en bas du Caoucilet. Traverser la prade Saint Jean, c'est du gâteau. Malgré notre retard et vu l'état des six Anglaises, je dis à mon camarade qu'il n'est pas question de traverser la prairie au trot. Le patron gueulera à cause du retard, mais tant pis. Et puis, le temps est lourd et je me dis que je n'ai pas envie d'attraper une suée, d'autant qu' il nous reste encore deux ou trois voyages à faire avant la fin de la journée. J'en suis à ce stade de mes pensées lorsque la fille qui ferme la marche tente arrête sa jument, qui renâcle sous la pression du mors, et me dit : « Stop ! Stop ! I want to pee. » Que vò diser aquò ? De que vòs har dab aquèra toupi ?, dis-je en moi-même. Mais elle insiste : « Down ! down ! I want to pee. » Bon, d'accord ! Down, j'ai compris ce que ça veut dire. Mais il n'en est absolument pas question. Nous avons trop de retard. Je lui explique en lui montrant ma montre : « Note possibol tou daoun ! Yes, down, now, I want to pee. Je ne comprends toujours rien. ... Et ses copines qui se marrent comme des bossues. Note possibol tou daoun. Oui areu tou lèyt... (et en parlant de lèyt, je t'y fourerais bien, moi, hens lo leyt). Mais ne voilà -t-il pas qu'elle s' agite sur sa selle ? Ses jambes commencent à donner des coups dans les flancs de la jument qui comprend aussitôt ce qu'elle pense devoir comprendre (ou plutôt ce qu' elle veut comprendre). « Accroche-toi, Jeannette, c' est parti pour le grand frisson ! » Et la bête de partir brusquement au galop avec mon Anglaise sur le dos et moi de me lancer à sa poursuite, « A hum de calhau ! » suivi de loin par mon camarade qui essaie du mieux qu'il peut d' empêcher le reste des bêtes de s'emballer. Pas le temps de prendre la petite passerelle pour traverser le ruisseau de la prade à pieds secs. « Nom de Dieu de nom de Dieu ! » Pourvu qu'elle ne la jette pas par terre... Je finis par les rejoindre à l'autre bout de la prade. Mon Anglaise, je ne sais par quel miracle, est toujours en selle, pétée de rire. La jument, rennes sur les oreilles, tête baissée, broute quelques brins d' herbe. Je prends les rennes pour les redonner à la fille et afin que la bête ne s'entrave pas dedans et là , en voyant la selle dégoulinante, je comprends enfin ce que veut dire I want to pee.
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