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JFB
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« le: 30-03-2008 - 03:00:02 » |
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La belote allait bon train au café du village. Surtout qu’en ce jour de fêtes de pentecôte. Etant autorisé à regarder sans parler sous peine de 45 fillette, je connaissais déjà les règles de ce jeu si plaisant sans toutefois en connaître les grandes subtilités. Mais j’apprenais ! Tous les joueurs étant des personnes hautement civilisées, l’occitan était bien entendu de rigueur. Un mot de français, un seul mot, et c’était 160 points pour l’équipe adverse. Il fallait donc faire attention au jeu, mais aussi à sa langue… Un mot de français au milieu d’une phrase en occitan, 160… Car chez nous, il était hors de question de ne pas parler pendant le jeu. Le jeu, c’est comme les jolies filles. Ca se discute, ça s’apprécie. Tout comme le jaune, d’ailleurs… Une partie de 1000 points, c’était minimum quatre jaunes pour chacun des joueurs. ! Comme il y avait quatre équipes, et qu’une partie se gagne avec la revanche ou la belle, donc en 2 ou 3 manches, ça vous donne une idée de l’ambiance… Attention pas de triche ! Impossible… Les lascars étaient trop fins pour ça… Il n’y a que 32 cartes à la belote, et je peux vous assurer que toutes étaient mémorisées ! Quand je vous dis que les joueurs étaient hautement civilisés car ne parlant que l’occitan, prenez la chose comme une vue de l’esprit, bien sûr… D’ailleurs, j’écris ces mots –ou plutôt j’essaye- en français… C’est qu’ils avaient tous fières mines, nos joueurs… Le béret bien vissé, la bonne vieille grise au coin des lèvres, hu macarel couillou ! Le visage marqué, ridé et bruni par la vie au grand air, ils étaient beaux ! Tout simplement… Des pyrénéens, quoi ! Un brouhaha indescriptible ainsi qu’une « fumatière » terrible se dégageaient de la salle. Des éclats de rire, des engueulades, il fallait se battre pour avoir ma limonade et ma grenadine ! Car voyez-vous, je venais de trouver une boisson extraordinaire… Comme j’avais vu les grands verser de la grenadine dans leur jaune, ils appelaient ça une tomate, je faisais pareil avec la limonade… « Ne t’en fait pas Jean, si un jour le penjarol boit autant de limonades que toi de jaunes, il sera un grand pêcheur ! -Au lieu de dire des counardises, Paul, concentre-toi sur le jeu ! Valet tournant, valet prenant, qu’il dit… Ca fait deux fois qu’il tourne, le valet, et ça fait 2 fois que nous prenons 160… -Ecoute Jean, si ce coup-ci nous sommes dedans, je bois mon jaune le cul dans le rébenty ! -Hihi ! Avec le jeu que j’ai, tu peux y aller tout de suite… -Dites-donc, vous deux ! Montrez-vous vos cartes tant vous y êtes ! Ce n’est plus de la belote, c’est de la marseillaise ! -On t’a demandé ton avis, à toi ? Joue ! -Parfaitement ! Le cul dans le rébenty ! Trèfle ! -Je coupe… -T’as pas de trèfle toi ? -Ben si je coupe, c’est que je n’en ai pas… -T’avais qu’à faire tomber les atouts d’abord, bougre d’embahit ! » C’était dur… Et c’est ainsi, Mesdames et Messieurs, que 8 tours de cartes plus tard, après deux comptages, Paul et le papé étaient dedans… 82 points à 80. « Tu l’as fait exprès ! Tu leur as donné ton roi alors que tu avais le 7… Avec 4 points de plus, nous n’étions pas dedans ! -Veux pas le savoir… Un peu, que tu vas le lui mettre, le fion dans le rébenty ! Tu vas voir, ça va te réveiller… -Je n’ai qu’une parole, j’y vais ! » Le Paul prit son verre, s’approcha du torrent qui était en bordure, baissa son pantalon, trempa son arrière-train dans la flotte, et dégusta tranquillement son apéritif anisé. « T’as des hémorroïdes ? » Lança un gai-luron… « Et dans la réserve en plus ! Tu peux pas leur flanquer la paix à ces pauvres truites ? -Parce que toi tu la leur flanques la paix, avec ta canne ? -Dans la réserve, oui ! C’est sacré, une réserve ! -M’en fout. J’y suis, j’y reste ! » Mais ce n’était pas tout… Notre brave Paul habitait en face, sur l’autre rive. Sa femme, accoudée à la fenêtre, observait les exploits halieutiques de son mari… Tout le village s’en était aperçu, mais pas lui. « Finalement, elle est bonne, la flotte ! » (Tu parles, elle devait être à 10°C…) Une minute plus tard, la Geneviève arborait non pas un rouleau à pâtisserie, mais une poêle en fonte format cuisine pour un régiment, si vous voyez ce que je veux dire... « Bougre d’ivrougnasse ! Devant tout le monde ! Tu n’as pas honte ? Et tous qui rigolent ! -Tu préfèrerais les voir pleurer ? -Tu le veux, le coup de poêle ? M’en vais te faire décuver, moi ! Rentre à la maison tout de suite ! » Le papé, afin d’éviter tout incident que je qualifierais volontiers de « coup de poêlesque sur la cafetière, » s’approcha de Geneviève qu’il connaissait bien, et lui dit : « Ecoute, ne lui en veut pas. C’est la première fois de sa vie qu’il ne boit pas un jaune cul-sec… » Je ne vous raconte pas l’éclat de rire général, je l’entends encore… Mais une chose était certaine. Le pauvre Paul passerait de bien mauvaises fêtes de pentecôte… Et bien non ! Car le lendemain Lundi, il mangeait à la maison avec… Geneviève. Quelques truites, de simples truites… Pêchées 150m de l’endroit où Paul avait trempé son postérieur…
Il est des souvenirs qui vous réveillent la nuit… Non pas des rêves, mais de simples souvenirs. Le cauchemar, c’est lorsque vous êtes conscient que ce qui vous a réveillé, vous l’avez vécu, mais vous ne le revivrez jamais ! Plus jamais… Adiu Paul !
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