xavier
De la colline

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Le Savoyard
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« Répondre #3 le: 16-12-2006 - 10:33:06 » |
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un merci tout particulier à tout ceux qui ont bossés sur le bouquin, nous aurions aimé l'avoir pour Noêl, mais ce ne sera qu'a la mi janvier..... La canne qui tourrrrrne de JFB y figure bien sur , mais en voici un autre, sans pretention, mais je ne peut pas mettre les textes des copains sans autorisations...
Louis, Ou l'art de pêcher en Savoie Un vrai montagnard que ce gaillard, des mains aussi dures que le bois, le visage creusé par le froid, le soleil et les années faisaient de lui un homme que l'on remarquait, pas très grand mais des épaules capables de soulever les montagnes alentours, un homme de la terre qui en connaissait les secrets. Celui dont nous avions peur de sa grosse voie parlant toujours le patois, je ne suis pas sûr qu'il parlait le français d'ailleurs, ou alors très mal ! Habillé de son pantalon de velours marron à grosses côtes, sa chemise bleue à carreaux et parfois son pull marron, le béret continuellement vissé sur la tête, voilà le portrait de l'homme… Mais il avait dans ses doigts tout un savoir faire que nul autre n'avait, pour tous les corps de métiers, il trouvait la solution ! C'était le temps ou les prés étaient encore fauchés à la faux, et le matin à cinq heures, c'était le marteau qui frappait la lame, réveillant ainsi le coq ! Le seul jour où l'on n'entendait pas ce marteau, c'était le dimanche. Nous savions pourquoi après avoir soigné ses bêtes et fait un brin de toilette, il descendait au chef lieu à pieds, pour retrouver ses copains au bistrot où il sirotait quelques verres de vin rouge… Point de messe pour lui, pas que ça à faire Monsieur le curé ! Et il remontait au village pour manger un morceau de saucisson ou de jambon, vous savez, la vraie charcuterie que l'on ne trouve plus maintenant ! Un café au lait et voilà ! Le temps de rouler le tabac gris, de fumer ce truc à faire envoler les poules, il allait chercher sa gaule en bambou, grattait le fumier à mains nues, en retirait quelques vers qu'il fourrait dans la " fatte "(poche), et il partait à la pêche. Le doron n'avait aucun secret pour lui, ni les ruisseaux alentours ! Il lui arrivait de temps en temps d'aller rejoindre son frère dans l'autre vallée, à pieds il fallait bien sept heures de marche, et pourtant il marchait le bougre ! Mais nous savions reconnaître la différence, il prenait toujours la musette quand il partait voir son frère. Mais lorsque nous le voyions partir sans la musette, c'est qu'il allait pêcher les environs sois un nant soit le doron, et nous le suivions discrètement, en nous cachant de peur qu'il nous surprenne et nous rosse ! D’ailleurs il devait le savoir, car il prenait toujours les chemins les plus tordus, les moins faciles, marchant tantôt vite, tantôt lentement… En fait il devait se régaler de notre peur ! Le chemin qu'il prenait maintenant, nous le connaissions bien, il allait vers le doron. Mais il fallait passer une petite barre rocheuse, certes pas difficile mais impressionnante, car nous étions à une dizaine de mètres en surplomb sur le torrent. C'était beau, et même si on ne voyait plus le Louis, je suis sûr qu'il nous observait… Si jamais on tombait, il n'aurait pas eu de mal à nous sortir de l'eau et nous mettre une bonne « soufflante » ! Une fois ce passage franchis, nous arrivions sur un grand plateau, aux Iles, endroit où il allait pêcher. Nous-nous cachions derrières les quelques frênes, pendant que le Louis roulait son mégot. Il restait ainsi une bonne dizaine de minutes. Nous pensions qu'il était fatigué par ses courses folles au travers des pentes. En fait il observait le doron, prenant tout son temps, son mégot dans la bouche était éteint, il se levait alors et allait se laver les mains, se frottant avec le sable si fin qu'il aurait pu servir à Mesdames pour un peeling ! Une fois ceci fini, il montait sa gaule. Cela ne lui prenait que très peu de temps, trois brins s'emmanchant dans des bagues en laiton, et un fil de x centièmes mais du costaud ! Un hameçon de belle taille et pas de plomb, il allait donc pêcher avec des sauterelles… C'est là que toute la mesure de l'homme se faisait sentir, de ses grosses mains calleuses, il attrapait une sauterelle sans difficulté et l'enfilait en moins de temps qu'il me faut pour l'écrire ! La magie allait commencer. En effet, ce bourru n'avait pas son pareil pour pécher la truite à la sauterelle en surface. Tout n'était que délicatesse et précision, sa gaule dans la main droite, la main gauche prête a démancher un brin au cas où un petit poste dans les arcosses se présentait. Son poser était d'un précision incroyable, et c'est souvent qu'une truite prenait sa sauterelle, pas toujours grosse, mais il testait la réaction des poissons. Et lorsqu'il avait compris la stratégie à adopter, attention, c’était du grand art ! Les truites sortaient de l'eau en un rien de temps, d'autorité. Il choisissait alors celle qu'il voulait garder, et relâchait les autres sans ménagement, les rendant à la rivière d'un geste rapide et franc. Le bal des sauterelles continuait, les prises se succédaient, puis d'un coup il stoppait tout. Son panier en osier suffisamment garni à son goût, il repliait sa gaule, rallumait son mégot et rentrait chez lui. Nous en faisions de même, toujours à distance respectable. Mais il marchait plus vite que nous, car sur le retour il ne prenait pas les chemins de traverse, filant tout droit et bon train. Cet homme dont nous avions peur connaissait la truite mieux que quiconque ! Quel dommage, nous n'avons jamais eu le courage de lui demander si nous pouvions pêcher à coté de lui… La leçon ne se déroulait qu'à distance. Dans le fond, ce montagnard célibataire aurait peut être aimé nous transmettre son savoir ! Qui sait ?... Que de réels regrets de ne pas avoir su faire le premier pas ! Alors vous les gamins, n'hésitez jamais à parler avec l'ancien du coin, son matériel n'est pas du dernier cri, mais sa main est la meilleur de toutes, et sa connaissance immense ! Il aura un grand plaisir à transmettre ce qu'il sait, car il n'y a pas de secret, juste de la pratique accumulée au fil du temps ! Ne la laissons pas partir avec les anciens, sachons faire les premiers pas, et surtout, sachons respecter leur savoir ! Xavier
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